mercredi 5 juillet 2017

3 - les grandes vacances, première partie : l'Ardèche


En Ardèche, j’ouvre ma valise cinq minutes à peine après être descendue du car, j’en sors mon ciré jaune et je l’enfile pour me protéger de ces grosses gouttes qui tombent depuis que l’on a quitté Montélimar, je vérifie les prévisions météo une énième fois, et je me dis que j’ai vraiment mal choisi les dates de mon séjour, qui sera probablement un peu trop marqué par les pluies et les orages. Place de la Paix, je me demande s’ils m’ont oubliée, et puis je me dis qu’ils sont toujours très occupés, alors j’attends. Je ne reconnais pas la voiture, mais je reconnais le sourire derrière la vitre, la main qui me fait signe et la voix qui lance « Salut, la Bretonne ! » quand il m’embrasse, avant d’ouvrir le coffre et d’y glisser ma valise. Contrairement à mon habitude, je ne cours pas enfiler mon maillot de bain à peine installée, et contrairement à mon habitude, je ne dormirai pas dans la grande chambre du fond. Quand la pluie cesse, on part marcher un peu, histoire de se dégourdir les jambes et de sortir le chien, qui n’a, il est vrai, « que » cinq mille mètres carrés à sa disposition. On s’arrête au bout de 100 mètres pour goûter les pêches du voisin, qui râle contre la grêle tombée il y a trois jours, et les glaçons qui serviront pour le Pastis mais ont détruit ses tomates. Je ramasse les bouteilles balancées dans le fossé, parce que ce coin est si beau et ces marques d’incivilité m’agacent. On rentre avant l’orage, je me plonge dans mon livre, et quand je lève les yeux, il y a cette lumière si spéciale qui suit le ciel noir, et deux arcs-en-ciel juste en face de la terrasse. Ils se souviennent que je ne mange ni viande, ni poisson, et je pense à Papy quand son fils, qui lui ressemble tant, me dit qu’il est « tombé dedans quand il était petit ».

En Ardèche, on part voir une maison qui a de jolis volets, on en profite pour aller visiter un hameau magnifique mais déserté, puis pour se rendre chez un producteur d’huile d’olive, qui nous fait goûter ses huiles à la petite cuillère, nous explique qu’une bonne huile doit toujours un peu gratter la gorge, et que ça s’appelle l’ardence. Il nous emmène sur la terrasse, la vue est magnifique, et quand on s’exclame devant le spectacle, il répond « Oh, vous savez, je suis né ici. », il râle contre les bourrus, contre l’Union Européenne, contre les touristes et encore contre les bourrus, contre les inspecteurs de l’hygiène et les contrôleurs de label bio, il râle beaucoup mais avec le sourire, et on repart avec de l’huile d’olive et du pesto, de l’huile essentielle de lavande pour la voiture, et du savon pour moi, parce que j’adore les pains de savon qui sentent bon.

En Ardèche, je trouve un petit mot sur la table de la cuisine, des croissants frais et un bol de groseille du jardin, je mets la cafetière en route et, dans le silence, je me régale de ces délices si simples. Les températures ont fini par grimper, je fais des ronds dans l’eau pour fêter la mention Bien de mon M1, en attendant leur retour pour leur annoncer la bonne nouvelle, pour laquelle ils s’empressent de me féliciter. Après le déjeuner, je trouve un casque de moto, un blouson et des gants en bas des escaliers, et je m’apprête pour mon baptême. Bien sûr, je suis morte de trouille. Je ne crains ni la hauteur, ni le vide, ni les eaux profondes, trois choses auxquelles je suis régulièrement confrontée quand je viens ici, mais la route et la vitesse, oh la la, j’ai vraiment peur, sauf que je m’abstiens de le mentionner, il est hors de question d’avouer ça. Alors oui, les premiers kilomètres sont difficiles, parce que je ne sais pas comment m’installer, parce que je suis raide d’angoisse et que j’ai déjà mal aux bras à force de serrer fort fort fort les poings, et quand il crie « Ca va, t’as pas peur ?! », je m’efforce d’être convaincante, mais je ne sais même pas s’il entend mon mensonge, « Nan, nan, t’inquiète ! » Pourtant, très vite, je me laisse emporter, apaiser, je profite simplement du paysage, je m’habitue aux sensations et aux virages, je trouve ma place, je laisse la confiance reprendre ses droits. Je n’en perds pas une miette, les paysages sont splendides, je n’avais jamais vu cette région comme ça, je n’avais connu ça, et à un moment, je me rends compte que j’adore et que je ne regrette pas une seule seconde d’avoir enfourché cet engin. Plus on monte, plus les températures dégringolent, mais je me moque du froid, je me moque de la pluie, je me moque du vent sur mes chevilles et de mes Converse qui ne sont absolument pas appropriées à une balade pareille. Je claque des dents et je me dis que s’il m’emmène manger une glace, je commanderai quelque chose de chaud. Quand on arrive là-haut, je mange le meilleur moelleux aux châtaignes de toute ma vie, et je lui parle de nos précédents passages ici, mais si, souviens-toi, après le canyoning, avec Lea, et après le Pont du Diable. On repart, je découvre d’autres coins, d’autres trous perdus où il ferait bon passer quelques jours, quelques semaines. Quand je rentre, je suis engourdie, j’ai mal un peu partout et surtout à la nuque, mais ça n’a aucune importance, ces quelques heures m’ont tellement étonnée que mes muscles endoloris se font vite oublier.

En Ardèche, on va aux Vans le samedi matin, il fait chaud, il y a du monde, et on pense à notre producteur d’huile d’olive en voyant tous ceux qu’il appelle les bourrus. On goûte du vin et du melon, on me propose du saucisson et je dis non, merci, alors que c’était l’une de mes faiblesses il y a encore quelques mois, pas si lointains. On poursuit jusqu’au village des Naves, et en pointant un endroit par là-bas, il me raconte les excursions qu’il faisait avec ses collègues et élèves, avant. 



En Ardèche, je me laisse embarquer, je pars marcher, et si nos 13 km peuvent paraître peu à certains, c’est un exploit pour moi qui déteste – ou détestais – ça, je garde le sourire toute la matinée, je ris quand on se perd et qu’on fait un détour, et je suis récompensée à l’arrivée par de merveilleux hortensias. On part en voiture sur les traces de l’Ardéchoise, je découvre Ardelaine et sa librairie qui me fait envie, je passe l’après-midi à me répéter que ce coin de France est quand même plutôt sublime et le soir, au téléphone, alors que j’ai les pieds dans l’eau, Maman me demande si je ne songe pas à demander un poste en Ardèche. 



En Ardèche, je passe une journée entière à lire sur la terrasse et à plonger dans la piscine quand il fait trop chaud, à me tartiner de crème solaire et à savourer le calme, les yeux sur le jardin, la maison, et tous les souvenirs qui vont avec. Si je peux dire que la piscine était plus grande quand j’étais plus petite, ce n’est pas le cas de cette maison, qui ne cesse de s’agrandir sans jamais perdre de sa beauté. J'apprends la joie et la déception des amies qui passent l'agreg de lettres, et je souris en pensant au soulagement après les résultats de leur Capes. En allant me coucher, je dis au revoir et surtout merci pour ce séjour à celui qui ressemble de plus en plus à Papy, et il me répond « Mais tu rigoles, tu viens ici quand tu veux ! Merci pour ta visite », et je réponds « Mais tu rigoles ! », et on sourit. 


En Ardèche, je me laisse de nouveau embarquer, cette fois pour un cours de sport, avec la promesse d’aller cueillir des figues sur le chemin du retour, et je découvre ce plaisir de choisir les fruits mûrs à point pour les déposer dans le panier et – parfois – à pleines dents les croquer. Je profite de la piscine jusqu’à la dernière minute, quitte à boucler ma valise à la va-vite, et sur la route qui me ramène à Lyon, je songe déjà à la prochaine fois.


En Ardèche, je n’ai pas tout dit, mais l’essentiel est là : c’était beau, c’était bien, c’était bon. Merci, M. & F., je reviendrai, comme toujours.


dimanche 6 mars 2016

2 - alors on a vu la mer.

.   Plus de six mois sans faire le trajet Lyon-Rennes, c’est long. J’ai fait d’autres voyages depuis l’été dernier, j’ai traversé la France à plusieurs reprises, j’ai vu mes parents ailleurs et à d’autres occasions que pendant des vacances en Bretagne (pas joyeuse en septembre ; plus heureuse, à Londres, en octobre ; quelques jours en Allemagne pour Noël). Au-delà de leur présence à eux, pourtant, il y avait aussi la maison, le coin de campagne perdu au milieu de la Bretagne, et les souvenirs rattachés à chaque endroit qui me manquaient, qui appelaient la construction d’autres moments, d’autres instants volés à garder dans un coin de ma tête pour les jours de coup de blues, pour les périodes de doutes et de remises en question. Début janvier, les quelques jours passés tous ensemble à AK défilant une fois de plus beaucoup trop vite, j’ai acheté des billets pour faire un aller-retour, mais j’ai décidé de poser ma valise pour un peu plus longtemps que d’habitude, un peu plus longtemps que « pas assez » de jours. 


 
.   En arrivant, un vendredi après-midi, après 4h30 dans un wagon qui comptait beaucoup trop d’enfants à mon goût, je n’avais que trois impératifs, ce qui me semblait raisonnable pour douze jours : voir l’océan, manger des crêpes & des galettes, et profiter de la campagne pour reprendre sérieusement la course, objectif semi-marathon oblige. Non, les deux derniers points ne sont pas contradictoires ou incompatibles. J’ai fait plein de choses très chouettes, j’ai été chouchoutée, je me suis reposée, j’ai écouté Papa et Maman me parler de leurs projets de travaux et d’agrandissement, j’ai enchaîné les kilomètres en baskets au milieu de nulle part, sans croiser personne (ou presque), j'ai apprécié ces quelques jours de février, même s'il n'y avait - évidemment - pas d'hortensias à admirer, j’ai mangé des galettes avant d’aller voir une belle exposition consacrée à Lorenzo Mattotti à Landerneau.  Après cette expo, je voulais qu’on s’arrête, quelque part en route, au bord de l’océan, mais c’était le déluge (Ou plutôt, « Quel beau temps ! s’écria McCookies »). 



.    Et puis un jour de grand beau temps (ça arrive, oui !), même s’il faisait bien froid, on s’est dit que c’était maintenant qu’il fallait y aller, et on a filé à La Trinité. La rue qui donne sur le port est un peu défigurée par toutes les boutiques de gourmandises et de fringues qui s’y sont installées, mais quand on prend les petites rues, il y a plein de jolies maisons en pierre, aux volets bleus, et c’est mignon comme tout. 



.    On a continué notre petit circuit en filant à Carnac, pour marcher sur la plage, et ça m’a fait un bien fou. J’ai pensé à ce prof de voile, qui nous rappelait tous les mercredi, sans exception, au moment où on passait l’isthme de Penthièvre, avant d'arriver au Pouliguen, de savourer : « Maintenant, dites-vous que certains prennent le métro tous les matins et s’enferment sous terre, quand vous pouvez voir ça au moins une fois par semaine ! », et ça m’a manqué, de voir ça une fois par semaine, alors j’en ai profité autant que j’ai pu. Et j’ai pensé à mes frères et mes cousins, je les ai imaginés disant, ou plutôt criant « On va voir la meeeer ! » quand ils disaient au revoir à Papy et Mamie. Alors j’ai eu une pensée pour eux deux, aussi, même si les souvenirs sont de plus en plus flous, de plus en plus difficiles à convoquer et rassembler. Pourtant, j’étais heureuse d’être là, et Maman a fait quelques photos de mes sauts de joie. À cette période, les maisons de Carnac sont quasiment toutes fermées, et c’est un peu triste de savoir qu’il y a de si chouettes endroits dont personne ne profite, parce que les propriétaires sont trop occupés à bosser ailleurs … On est passé par les alignements, qui m’intriguent toujours autant, on a vu Saint-Goustan de loin, on a pris la route que j’adore prendre en été - quand on a mis les affaires de plage dans le coffre, qu’on a enfilé nos maillots de bain, et qu’on va plonger dans l’eau qui est toujours à la bonne température - et on a retrouvé la maison. 



  Mes trois impératifs étaient remplis, même si je n’avais pas pu tremper mes orteils dans l’eau glacée, j’avais au moins vu la mer et respiré l’air salé. C’est ce que j’ai essayé de me répéter en boucle, pour ne pas pleurer, dans le train qui me ramenait à Lyon, au milieu d'un wagon où il y avait - pire que des enfants heureux d’être en vacances – des adultes en déplacement professionnel qui parlent beaucoup trop fort et se croient seuls au monde, alors que j’aurais aimé rester encore. Parce que même plus longtemps que « pas assez » de jours, c’est toujours beaucoup trop court.



(Bretagne - du dix-neuf février au premier mars deux mille seize)
 

dimanche 7 février 2016

1 - Lille









Prendre un train un lundi en fin d'aprem, débarquer dans mon ancienne école de danse, dix ans après, être aux côtés de Juliette pendant LA journée, celle qui s'est terminée par sa soutenance de thèse, à laquelle je n'ai pas compris grand chose, mais à laquelle j'étais heureuse d'assister, et, pour fêter son titre de Docteure, passer une excellente soirée dans ma robe préférée (ou presque). Le mercredi matin, profiter du soleil pour flâner, comme toujours, dans ces rues pavées aux façades colorées, le sourire aux lèvres, sereine et apaisée. Dévorer des croustillons, bien trop gras, mais ça faisait bien trop longtemps, s'affaler dans un canapé pour regarder Inside Out (enfin!) avant de filer rue du Vert Pré, et passer une fort jolie soirée, comme "au bon vieux temps". Puis le jeudi, traverser Lille sous la pluie, avaler un café, sourire encore, se dire au revoir sur un quai de gare, sans trop savoir quand sera la prochaine fois. Et de nouveau, ajouter quelques souvenirs à tous les autres, des moments de vie, plus ou moins légers, mais jolis, toujours, et qui me font me sentir à ma place. Peut-être que ce sentiment ne durera pas, mais pour l'instant, disons que je vais juste en profiter.

(Lille - du premier au quatre février deux mille seize)